nous autres civilisations nous savons maintenant que nous sommes mortelles

Ouvrage Vous autres, civilisations, savez maintenant que vous êtes mortelles. De la contre-utopie; Pages: 201 à 202; Collection: Études de littérature des xx e et xxi e siècles, n° 96; Autres informations ⮟ ISBN: 6-9; ISSN: 2260-7498; DOI: 10.15122/isbn.978-2-406-10756-9.p.0201; Éditeur: Classiques Garnier; Mise en ligne Quisommes-nous ? LA REVUE . Culture Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. Nous avions entendu parler de mondes disparus La Gourmandise Natale, par Charles Maurras. Culture & Civilisations vgauredijon-14 août 2022. La cuisine provençale selon Maurras ! Préface à l'ouvrage de M. Maurice BrunGroumandugi, QCMde culture générale, qcm :CULTURE GÉNÉRALE - HISTOIRE, GÉOGRAPHIE, ART, LITTÉRATURE (concours PASS - 2008), question : Parmi les auteurs suivants, qui constate en 1919 : « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles » ? Citationde Paul Valéry. “ Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. ”. Commele second sens du mot culture, cette définition, qui en est proche, se veut neutre et objective : elle ne hiérarchise pas les civilisations; elle les considère, quelles qu'elles soient, comme des productions historiques également valables du génie humain. La civilisation aztèque. La civilisation égyptienne. Les civilisations Rencontres Professionnelles De La Piscine Publique. Découvrez les 73 citations sur Civilisation, les meilleures citations civilisation, des phrases célèbres ainsi que des citations de célébrités sur Civilisation. CIVILISATION Vous recherchez une citation sur le thème de Civilisation ? A la mesure que les peuples montent en civilisation, les gouvernements descendent en police. , cette citation de Jules BARBEY D’AUREVILLY fait partie de notre sélection ainsi que L'admission des femmes à l'égalité parfaite serait la marque la plus sûre de la civilisation, et elle doublerait les forces intellectuelles du genre humain. de Stendhal, l'une des plus belles citations sur Civilisation. Voir les thèmes de citations Commençant par C. 73 citations sur Civilisation. Découvrez ci-dessous les meilleures citations civilisation, des phrases célèbres ainsi que des citations de célébrités sur Civilisation. Ci-dessous 73 citations Civilisation Recherche de citations par thèmes Article écrit par Ni film catastrophe, ni film de science-fiction, Park n’est que le miroir de notre monde à l’abandon. Civilisations mortelles Si la Grèce antique est considérée à l’unanimité comme le creuset de la civilisation occidentale, ainsi que le berceau des jeux olympiques, Sofia Exarchou nous offre ici un portrait sans pitié de sa décadence justement à travers les ruines du stade olympique édifié pour les Jeux de 2004 dans lesquelles errent des jeunes gens désoeuvrés et désespérés et des armées de chiens faméliques. Ce n’est pas seulement une figure de style, une allégorie pour mettre en scène un désespoir cinématographique, mais une réalité car la Grèce a bel et bien été ruinée par les manoeuvres machiavéliques de l’Union européenne comme l’a si bien montré le film de Costa-Gavras l’année dernière, Adults in the Room 2019. Paul Valéry l’avait prophétisé dans La Crise de l’esprit en 1919, au sortir de la Première Guerre mondiale, et l’Histoire l’a réalisé et perfectionné. En sortant de ce film, nous ne pouvons que penser à sa phrase qui en fait maintenant tout le sel Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. » Et mortifères pourrions-nous ajouter en 2020 en raison de la pandémie, de la misère et de notre absence totale d’avenir. Les ruines du capitalisme Mortelles, nous le sommes. Tout le film ne montre que ça, une jeunesse à la dérive à qui l’on ne propose rien d’autre que les ruines du capital, que des rêves de plage et de fêtes de pacotilles, avec la chair offerte et mollassonne des touristes de tous les pays, comme si la Grèce, ce pays issu d’une si belle civilisation, ne devait se contenter que des restes, et du rôle de bronze-cul d’une Europe maintenant quasiment ruinée. En choisissant ce décor de ruines qui n’ont rien à voir bien sûr avec celles, magnifiques et hiératiques, du Parthénon, la réalisatrice nous donne à voir notre déchéance, notre crasse, notre incapacité à créer du lien social et à préserver le patrimoine. Ce stade, qui n’a à peine qu’un peu plus de dix ans, est laissé à l’abandon prouvant à la fois la cupidité du capitalisme et l’inanité de ces Jeux olympiques qui ne sont plus qu’une infâme machine à faire du fric et dont le report à cause de coronavirus cette année n’est qu’une avanie supplémentaire dans un océan de mensonges et de malversations. Machine folle vers l’Apocalypse Dans ce décor qui sert de cadre à des enfants perdus, on pense bien sûr à Gomorra de Matteo Garrone 2008, mais la mafia en moins même si on la sent poindre le bout de son nez comme si l’absence d’avenir ne pouvait que confiner au désespoir et surtout à la violence. C’est un film magnifique en certains points, complètement désespéré, mais qui offre un portrait impressionniste de notre société, même si on en ressent à chaque plan l’inutilité tant il crève les yeux que le capitalisme est devenu maintenant une machine folle emballée vers l’apocalypse. Sofia Exarchou nous tend un miroir hélas très réaliste de notre tout proche avenir et s’en explique d’ailleurs d’une manière parfaitement claire et sans ambiguïté dans le dossier de presse du film A travers les histoires mêlées des enfants du Village Olympique, Park tente de brosser le portrait d’une génération perdue qui a été dérobée de son avenir. Entre les complexes sportifs à l’abandon, les ruines et les nouveaux centres touristiques, le film croise le passé glorieux de la Grèce avec sa décadence récente, peignant une société qui n’était pas préparée à la chute brutale qu’elle a connue. Au cœur de ces vestiges du passé, le besoin d’appartenance des jeunes est vital et leurs efforts de plus en plus violents et futiles. » 1La journée d’étude à l’origine de cette publication était consacrée à une critique de la civilisation gréco-romaine, comme modèle, implicite ou non, de toute civilisation. Ce qui impliquait en même temps de réexaminer cette notion de civilisation, utilisée aussi bien par les enseignants et chercheurs en sciences humaines et sociales – le fameux intitulé langue et civilisation » des cursus – que par les médias d’opinion, dont le fameux Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles » de Paul Valéry, dans la Crise de l’esprit 1919, fut le prélude élégant à The Clash of Civilizations and the Remaking of World Order de Samuel P. Huntington paru en 1996. 2Il n’échappe à personne qu’aujourd’hui employer le mot de civilisation dans l’espace médiatique est devenu problématique. On se souvient de Claude Guéant, alors ministre de l’Intérieur du gouvernement Fillon, le dimanche 5 février 2012 déclarant que toutes les civilisations ne se valent pas », lors d’un énième débat médiatique sur le port du voile. Le Figaro avait alors demandé à quelques anthropologues pourquoi ce terme était controversé au point qu’ils évitaient soigneusement de l’utiliser depuis 50 ans et préféraient parler de cultures. François Flahault répondit que ce terme [de culture] était le plus approprié » pour désigner tout ce que les générations humaines se transmettent les unes aux autres de manière non biologique ». Pour Marc Crépon, le terme de civilisation était difficilement dissociable des idéologies les plus meurtrières du xxe siècle qui avaient une idée très précise de la hiérarchie des civilisations et de leur différence de valeur. » Alfred Grosser répliquait à Claude Guéant que son jugement de valeur qui laissait supposer des hiérarchies entre civilisations sous-entendait que la civilisation islamique est inférieure à la civilisation française. Claude Guéant s’attaquait implicitement aux musulmans de France, mais la défense de Grosser est désastreuse il est impossible de comparer la civilisation française, nationale, à une civilisation islamique, religieuse, en supposant que l’une et l’autre expressions recouvrent la moindre réalité. Maurice Godelier distinguait, à son tour, culture et civilisation de la façon suivante Contrairement à la culture », la civilisation » ne peut être pensée seule, car elle comporte toujours implicitement un jugement de valeur en opposition à un autre, plus barbare ; par exemple, dans civilisation » il y a civis, c’est-à-dire citoyen. Il y a l’idée grecque et romaine que les civilisés sont ceux qui vivent dans les cités ou les États, par opposition aux barbares qui sont nomades ou paysans. 3Nous voici arrivés au cœur de notre sujet. Civilisation, mot récent en français il date du xviiie s., serait à expliquer par son étymologie latine et donc par l’idéologie gréco-romaine qui opposait la civilisation des cives urbains à la barbarie des nomades. On ne reprochera pas à Maurice Godelier harcelé par un journaliste, ses approximations historiques ; on peut, au contraire, lui savoir gré d’avoir rappelé la place que la civilisation gréco-romaine tient dans l’idéologie contemporaine. La notion de civilisation nous viendrait de l’Antiquité. Donc, pour certains, la civilisation gréco-romaine serait au début et à l’origine de l’humanité civilisée, et pour d’autres, c’est d’elle que viendrait le narcissisme méprisant de la civilisation européenne. Les débuts de l’anthropologie moderne au xixe s. sont marqués par de tels jugements de valeur. Dans Ancient Society 1877, Lewis Morgan affirme que l’humanité évolue en passant par trois stades successifs la sauvagerie, la barbarie et la civilisation. Les plus civilisés étaient, selon lui, les Américains. Les Européens l’étaient moins car ils conservaient encore des vestiges féodaux. 4Ces commentaires autour de l’affaire Guéant » montrent que la notion de civilisation est aussi floue qu’explosive. Notion qui de loin semble évidente, la civilisation s’éparpille en sens divers quand on utilise le mot. Seul repère solide, la référence à l’Antiquité. Miracle grec ou péché originel, la civilisation gréco-romaine surgit dès qu’il est question de civilisation. 5Peut-on trouver à la notion de civilisation un statut épistémologique ? N’est-elle pas définitivement écrasée sous ses origines gréco-romaines ? La notion anthropologique de culture, prééminente depuis quelques décennies, ne serait-elle pas d’un meilleur usage ? 1 F. A. Wolf, Darstellung der Althertumswissenschaft nach Begriff, Umfang, Zweck und Werth, Museum d ... 2 J. Assmann, Religion und Kulturelles Gedächtnis. Zehn Studien, Munich, 2000 ; trad. anglaise Sta ... 3 C. Calame, Qu’est-ce que la Mythologie grecque ?, Paris, 2015. 4 Édition originale S. Freud, Das Unbehagen in der Kultur, Vienne, 1930. 6L’étude liminaire de Claude Calame, Civilisation et Kultur de Friedrich August Wolf à Sigmund Freud », propose des réponses à ces questions. Chez Wolf, historien de la littérature antique initiateur de ce qui deviendra la Klassische Philologie, les Grecs se distinguent comme un peuple disposant d’une culture de l’esprit »1. Cette Kultur permet de différencier les Grecs, les Romains et leurs successeurs allemands des autres civilisations ». La culture gréco-latine lui permet donc de classer les civilisations. De telles conceptions se retrouvent dans ce que Calame appelle de nouveaux avatars du “Grand partage” », chez un historien des religions contemporain comme J. Assman par exemple, qui produit une opposition entre civilisation religieuse de l’écrit et autres cultures religieuses orales2. Or, Calame montre que la religion des Grecs ne se laisse pas comprendre dans ce partage3. Des notions de Kultur/ civilisation » plus critiques pourraient guider la réflexion des anthropologues de l’antiquité, dans le sillage de celle que Freud a développée dans son Malaise dans la civilisation, œuvre sur laquelle revient Claude Calame4. On peut sans doute interroger la formation de l’individu dans la civilisation, c’est-à-dire à travers des réseaux de sociabilité et de normes. Cela revient en fait à penser des civilisations en leur donnant, au cas par cas, un statut épistémologique dans l’analyse des processus de fabrication de l’individu dans une collectivité. La civilisation, dont on prétend trouver la source dans l’antiquité, fausse donc profondément la compréhension qu’on peut avoir de ces mêmes mondes anciens. La notion, si l’on tient à la conserver, ne pourrait être utile que défaite, vidée de son sens évolutionniste, et resémantisée dans une perspective anthropologique. 5 Voir l’étymologie de civilisation » sur le site du CNRTL Centre National de Ressources Textuell ... 7Il fallait donc reprendre la question au début et faire l’archéologie de la notion. Rappeler d’abord que la notion et le terme sont modernes, comme le développe et le précise Jan Blanc au début de son article. Ce mot apparaît pour la première fois sous la plume du Marquis de Mirabeau, le père, en 17565. Il remplace civilité. Émile Benveniste écrit 6 Émile Benveniste, Problèmes de linguistique générale, I, Paris, 1966, p. 336-345. Pour Mirabeau, la civilisation est un procès que l’on dénommait jusqu’alors police », un acte tendant à rendre l’homme et la société plus policés », l’effort pour amener l’individu à observer spontanément les règles de la bienséance et pour transformer dans le sens d’une plus grande urbanité les mœurs de la société6. 8L’Encyclopédie offre un bon exemple de ce lien primordial de la notion de civilisation à l’antiquité. Il n’y a encore que très peu d’occurrences du mot civilisation dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. Deux usages, au sens moderne, viennent à l’occasion d’une réflexion sur les Vies de Plutarque, art. Vies » et Zones tempérées » rédigés par Louis de Jaucourt. L’auteur égrène les héros civilisateurs de la Grèce ancienne, Socrate, Solon, Lycurgue, etc. Il [Plutarque] me fait converser délicieusement dans ma retraite gaie, saine et solitaire, avec ces morts illustres, ces sages de l’antiquité révérés comme des dieux, bienfaisans comme eux, héros donnés à l’humanité pour le bonheur des arts, des armes et de la civilisation. 9Benveniste prend acte que l’on passe d’une notion d’état, la police des mœurs, à une notion d’action la civilisation va avec l’idée de progrès moral, technique ou autre. Il n’est pas étonnant que cette mutation ait eu lieu au xviiie s. et que la notion de civilisation s’installe largement au xixe et début du xxe siècle, en même temps que la colonisation qui apportait aux sauvages » les bienfaits de la civilisation ». Les Grecs et les Romains n’ont rien à voir avec ce mot qui ne correspond ni à philanthropia, ni à humanitas, ni à cultus, et pas plus à civilis. 10C’est pourquoi dans un premier temps nous avons demandé à plusieurs chercheurs de faire l’archéologie de la civilisation gréco-romaine », telle que nous la connaissons aujourd’hui dans les ouvrages savants comme dans les jeux vidéo. 11Blaise Dufal propose une enquête sur les usages historiographiques de la notion dans un article intitulé Le fantasme de la perfection originelle. La Grèce antique comme matrice du modèle civilisationnel. » Dans les manuels d’histoire et ouvrages de vulgarisation et chez des classiques de l’historiographie française du xxe s., on voit que la civilisation », faute de définition rigoureuse, n’est pas un concept scientifique. Elle produit une vision idéologique de la culture et de l’histoire, fondée sur un fantasme de la Grèce antique, idéalisée depuis le xviiie s. Les Grecs de l’Antiquité, dont la modernité européenne se veut l’héritière, seraient ainsi l’origine géniale et les exemples parfaits de la science, des arts et de la politique. 12Jan Blanc déplace la question sur le terrain de l’histoire de l’art à la période moderne. Il interroge le problème de la civilisation grecque » chez Winckelman. Johann Joachim Winckelmann 1717-1768 est à l’origine du miracle grec », cette vision de la civilisation grecque comme un âge d’or politique, moral et artistique. Il parle certes d’Antiquité grecque et non de civilisation, le mot n’existe pas encore au sens moderne, mais les deux livres, qu’il a consacrés à l’Antiquité grecque, l’étudient comme un monde dont il s’agit de rendre compte des grands principes à travers l’étude de ses œuvres d’art. C’est ainsi qu’il décrit la Grèce en faisant de sa supériorité artistique un a priori. Winckelmann commence à écrire sur l’art antique sans avoir vu la moindre statue. Ses écrits sont et resteront des constructions imaginaires, déduites de cet a priori. La Grèce est pour lui un mythe. La Grèce est, pour Winckelmann, la seule civilisation qui, dans l’histoire, soit parvenue à s’arracher à la barbarie de la simple nature sans être touchée par la corruption des mœurs, processus inhérent à la culture. Mais ce miracle fut éphémère et a disparu à jamais. Après la perfection de l’art classique au ve s., la Grèce a été entraînée dans une décadence irréversible. L’histoire de Winckelmann est donc téléologique, parce qu’elle pose a priori la grandeur suprême de l’art grec. Mais elle est également eschatologique, dans la mesure où le grand style » est irrémédiablement perdu. La civilisation grecque » n’est pas, pour lui, une période » de l’histoire mais, plutôt, une utopie servant aux Modernes à se raconter, en construisant, dans le temps et le passé, l’origine d’une grandeur perdue dont ils ne peuvent nullement être considérés comme les enfants ou les héritiers, mais qu’ils doivent apprendre à regretter. La civilisation grecque telle qu’elle est inventée par Winckelmann tient donc des deux acceptions modernes de cette notion. Celle d’un progrès, mais qui n’est observable que dans les restes et les ruines du passé et celle d’une décadence inéluctable. 13La culture ludique contemporaine permet aussi de voir le lien étroit de l’antiquité à la notion de civilisation. Dans Alexandre et Octavien contre Bismarck et Gengis Khan. Les usages problématiques de l’Antiquité gréco-romaine dans l’univers ludique de Civilization », Emmanuelle Valette s’intéresse au jeu vidéo à succès Civilization, réédité et amélioré plusieurs fois depuis 1991 jusqu’à son ultime version de 2016. La durée de son succès international en fait un bon témoin de certaines idées populaires contemporaines sur la notion de civilisation. Le joueur peut choisir de développer une civilisation, dont les critères de définition sont d’ailleurs problématiques, parmi plusieurs, sans hiérarchie a priori entre elles. Au centre du jeu, il y a l’habileté du joueur et sa capacité à faire évoluer sa civilisation. La victoire viendra de l’inventivité technique qu’il aura su insuffler à celle qu’il aura prise en main. Le cours du jeu suit un évolutionnisme et un ethnocentrisme décomplexés » puisqu’une civilisation avance vers la domination mondiale à coup d’inventions technologiques successives, en construisant aussi de fortes et grandes cités. Si toutes les civilisations sont ainsi calquées sur un modèle occidental, les mondes anciens ont toutefois un lien encore plus étroit à La civilisation. Les civilisations antiques apparaissent comme originelles » et sont permanentes dans l’offre du jeu, comme incontournables, alors que d’autres Iroquois, Zoulous… sont des options qui disparaissent ou reparaissent au fil des versions. La Grèce et Rome disposent aussi d’un certain nombre de traits spécifiques et d’atouts technologiques discrets qui en font des civilisations d’élection pour les habitués. Par ailleurs la culture antique irrigue l’ensemble du processus d’évolution inventive les atouts culturels les merveilles » du monde par exemple et les innovations que peut développer telle ou telle civilisation choisie par le gamer » sont souvent pensés en référence aux langues ou cultures grecques et romaines. L’antiquité proposée n’est donc pas un monde ludique comme un autre ou un simple facteur d’exotisme elle est essentielle à l’imaginaire de la civilisation elle-même. 14La civilisation gréco-romaine aurait le privilège d’être la civilisation par excellence parce quelle aurait civilisé l’humanité, en ayant inventé des formes culturelles devenues le patrimoine de l’humanité, parce qu’elle aurait anticipé sur la modernité. Ces inventions » jusqu’à celle de la notion même d’ invention », sont en fait des inventions de notre modernité, comme le montrent les cinq analyses suivantes. 15Certains termes grecs présents dans les langues modernes sont des catalyseurs d’imaginaire ; tel est le cas de l’enthousiasme », comme le montre Michel Briand, dans son article L’invention de l’enthousiasme poétique ». L’enthousiasme poétique est une invention moderne, créant une illusion rétrospective. Les modernes, qui opposent improvisation inspirée et technique d’écriture, attribuent aux poètes grecs archaïques et classiques un rapport privilégié avec le divin, l’inspiration ; ils auraient chanté, possédés par une fureur mystique le dieu était en eux ». Or pour les Grecs les aèdes étaient à la fois aimés des Muses et artisans de vers. Une archéologie des mots enthéos, enthousiasmos, s’imposait. L’enquête philologique montre que le sens d’enthéos n’est pas celui qu’une tradition étymologique lui donne, par une interprétation possessive – locative de l’adjectif enthéos. L’adjectif enthéos peut être l’équivalent emphatique de theios, et signifier très divin ». L’inspiration poétique sous l’effet de l’intériorisation d’un souffle transcendant, par laquelle le poète-prophète a un dieu en lui », vient relu par l’antiquité tardive et certains modernes directement de Platon, qui a comme souvent joué avec les mots et rapproché mantis la divination de mania la folie et inventé une figure du poéte-prophète inspiré. Cette inspiration prophétique réinterprétée par les néo-platoniciens se retrouve chez certains mystiques chrétiens ou au contraire chez certains critiques du paganisme. La reconstruction moderne de l’inspiration grecque oppose écriture et oralité comme une alternative radicale, projetant sur l’histoire de la poésie grecque le grand partage constitutif de la modernité depuis l’âge romantique. 16La notion de personne charrie avec elle tout un imaginaire occidental philosophique, juridique et religieux du progrès de la conscience. Florence Dupont en critique la prétendue invention par les Romains. Cette idée souvent reprise a notamment été soutenue par M. Mauss dans Une catégorie de l’esprit humain la notion de personne ». Or, le raisonnement de Mauss n’est pas une démonstration scientifique et repose sur une pensée a priori de la place dominante de Rome dans la civilisation occidentale. Sous l’apparence d’une enquête portant sur des faits sociaux, juridiques, et religieux, c’est en fait principalement l’hypothèse d’une évolution sémantique du mot persona qui sous-tend l’exposé de Mauss le masque rituel » archaïque des ancêtres deviendrait la personne juridique » du droit romain, définitivement inventée à la période classique. Le savant superpose en fait, dans un coup de force sémantique », les sens d’imago et de persona il n’y a aucune raison probante de penser que la persona était un masque rituel d’ancêtre au même titre que l’imago. Quant à la notion juridique de persona, elle ne renvoie pas non plus à un ensemble de droits liés à la personne », mais plutôt à un rôle temporaire pris dans un procès. La personne » ne se trouve donc pas déjà dans la persona, et la dynamique historique d’une invention romaine de la personne voulue par Mauss disparaît du même coup. D’autres stratégies pour sauver l’invention de la personne se laissent voir l’essentialisation de la notion avant toute enquête philologique préalable ou encore l’utilisation de catégories modernes préconstruites. Elles ne laissent pas de surprendre chez un savant de cette ampleur. Quelles sont les causes possibles de ce discours fictionnel sur l’ invention » antique, dans le contexte de travail qui a été celui de l’ethnologue ? En posant cette question Florence Dupont ouvre la voie à une critique pragmatique du recours à la notion d’invention chez les antiquisants. 17L’histoire de la médecine n’est pas avare non plus d’ inventions », et les Grecs, avec leur légendaire figure d’Hippocrate, ont une large part dans ce grand récit, comme cherche à le montrer Vivien Longhi dans un article intitulé Hippocrate a-t-il inventé la médecine d’observation ? ». Les traités de la médecine hippocratique », par exemple Épidémies I-III et Pronostic, présentent des relevés de signes pathologiques apparemment scrupuleux, où le corps malade serait doté de sens par un médecin expert du pronostic. Au xviiie s., médecins et professeurs y voient les fondements de leur médecine d’observation, fille de la clinique, alors qu’il s’agit de textes largement spéculatifs. Une approche pragmatique du regard médical ancien dégagerait pourtant la médecine grecque même, travestie par la notion moderne d’observation. 18Dans le domaine de l’histoire littéraire s’érigent et pèsent encore sur les Grecs d’autres inventions ». Marie Saint-Martin, dans son article intitulé L’invention de la tragédie selon Pierre Brumoy de quelques pièges du relativisme » s’intéresse aux réflexions modernes de P. Brumoy sur la tragédie 1730. La recherche des inventeurs » du théâtre classique conduit l’auteur à un certain nombre d’apories ou de thèses paradoxales. Eschyle et Homère sont aussi bien l’un que l’autre considérés comme ses inventeurs. Les auteurs épiques et tragiques grecs semblent avoir toujours été aristotéliciens. Si les Grecs ainsi compris sont à l’origine du théâtre classique, comment expliquer alors que leurs pièces ne soient plus appréciées sur la scène française ? La force originelle créatrice des anciens doit être reprise, cultivée et amendée par les modernes. Conserver les beautés universelles des anciens, mais en gommant et lissant leur barbarie et leur brutalité. Il faut une civilisation de la civilisation première, pourrait-on dire en jouant sur les mots. Après ce travail de polissage le lien doit se rétablir entre la civilisation grecque et les nations policées, au premier chef desquelles la nation française. L’histoire de l’invention » de la tragédie par les Anciens sert donc à unir entre elles des nations culturellement supérieures. 19La notion même d’invention finit par poser problème, d’autant qu’elle reste utilisée chez ceux-là mêmes qui sembleraient devoir la contester, comme le montre Anne-Gabrielle Wersinger dans L’invention de l’invention archéologie ou idéologie ? ». 20En sciences humaines, on constate l’inflation des titres mentionnant le mot ambigu d’invention. Et même si l’anthropologie prétend en avoir fini avec les inventeurs grecs » et l’archéologie du Miracle grec », Gernet et Vernant ne se sont pas entièrement défaits d’une interprétation démiurgique et progressiste de l’histoire. Et malgré l’autoréférentialité de l’anthropologie de Loraux ou Detienne, la critique des idéologies » résiste mal au paradigme prométhéen de l’innovation, qui s’impose dans l’institution de la recherche contemporaine. 21Cette dernière étude notamment, en épilogue provisoire des précédentes, montre qu’il reste à repérer explicitement d’autres inventions », qui seraient à soumettre à une généalogie philologique, épistémologique, historiographique, critique, en même temps qu’à l’étude précise de leurs usages idéologiques les plus contemporains. C’est à une réflexion générale qu’on invite ici, sur le rôle accordé, voire imposé, aux références antiques, en particulier aux notions et catégories, comme celles de civilisation et d’invention, dans les sciences humaines et sociales, et d’autre part sur la valeur de critique radicale que peut avoir l’étude même de l’Antiquité, pour nos catégories contemporaines les plus évidentes. Cette émission a été diffusée pour la première fois le 22 septembre 2020. Pendant plus de trente ans, le photographe franco-tchèque Josef Koudelka a sillonné 200 sites archéologiques du pourtour méditerranéen, dont il a tiré des centaines de photographies panoramiques en noir et blanc. La BnF expose un ensemble inédit de 110 tirages exceptionnels intitulé Ruines », révélant toute la force et la beauté du lexique visuel d’un des derniers grands maîtres de la photographie moderne. Projet sans équivalent dans l’histoire de la photographie, la série Ruines est le résultat d’un travail personnel au cours duquel Josef Koudelka a parcouru dix-neuf pays pour photographier les hauts lieux de la culture grecque et latine, berceaux de notre civilisation. De la France à la Syrie, en passant par le Maroc, la Sicile, la Grèce ou la Turquie, ce sont 110 immenses photographies panoramiques en noir et blanc, jamais montrées jusqu’ici, qui livrent le regard de Koudelka sur la beauté chaotique des ruines, vestiges de monuments transformés par le temps, la nature, la main de l’homme et les désastres de l’Histoire. Koudelka ne souhaite pas immortaliser les ruines antiques, les figer dans une vision romantique, mais au contraire revenir encore et toujours sur les mêmes lieux pour en enregistrer les évolutions liées au passage destructeur du temps et des hommes, de la nature qui reprend ses droits. Ces paysages sont une ode aux ruines de la Mare Nostrum et nous interpellent sur la nécessité de sauvegarder l’héritage de cette civilisation – dont certaines des traces photographiées par Koudelka ont aujourd’hui disparu, comme à Palmyre. Ce qui l’anime, c’est la recherche de la beauté, une beauté qui à l’instar de celle des ruines antiques, résiste. L'entretien analyse de la ruine par l'historien Johann ChapoutotPour mieux comprendre les différents enjeux et significations que contiennent les ruines des civilisations passées, Marie Sorbier fait appel à Johann Chapoutot, professeur d'histoire contemporaine à la Sorbonne, et auteur, entre autres, de l'article Comment meurt un empire, où la ruine est analysée non plus comme ce qui reste d'une époque, mais comme le manifeste délibéré de ce qu'une civilisation veut faire perdurer d'elle-même dans les mémoires historiques. La théorie de la valeur des ruines Théorie conçue par Albert Speer, premier architecte du Troisième Reich à partir de 1933, son idée centrale selon laquelle un bâtiment doit se survivre par ses ruines avait grandement séduit Hitler. "Ce qui intéressait Hitler, c'était non seulement de créer un empire romain renouvelé avec le Troisième Reich, mais aussi une mémoire de l'empire après la disparition de celui-ci. Il fallait donc que les ruines du Reich ressemblassent à celle de la Rome antique. Le but était moins de créer un Reich effectif que la mythologie du Reich après sa disparition. C'est très intéressant car cela nous indique toute l'importance de la ruine en Occident et dans la culture occidentale." Johann Chapoutot L'architecture néoclassique, langue de l'impérialité "Quand on veut faire empire, il faut parler la langue de l'impérialité. Cette langue, c'est l'architecture néoclassique, inspirée de l'architecture gréco-romaine, et c'est aussi la langue des ruines. Le plus grand et prestigieux des empires, l'Empire romain, n'est plus visible et présent que par le squelette blanchi de ses ruines." Johann Chapoutot La photographie un nouveau rapport au patrimoine "Prosper Mérimée disait qu'il y avait plus pérenne que le monument la photographie. La photographie a révolutionné notre rapport au patrimoine en permettant d'en fixer la trace, et c'est ce qu'a voulu faire Koudelka. On observe d'ailleurs qu'il est passé du reportage de guerre à la photographie des ruines au début des années 1990, donc précisément lorsque l'empire qu'il avait lui-même connu, le bloc soviétique, s'est effondré. Ce monde-là disparaissait, et, en quête de repères, Koudelka s'est mis en quête de quelque chose de plus pérenne et solide que ce qu'il avait connu." Johann Chapoutot Quelles seraient les ruines du monde contemporain ?"On constate que certains édifice ont été construits pour faire date et pour faire trace. Pour être des monuments de notre civilisation dans une visée mémorielle tout à fait explicite. Mais ce à quoi on peut réellement penser pour témoigner de notre civilisation occidentale, ce sont les bâtiments les plus solides, ceux faits de pierre. Ce sont les édifices du 19ème siècle et de la mutation urbaine qu'incarnait la deuxième moitié de ce siècle. C'est une Europe sûre d'elle-même et dominatrice, qui prétendait incarner la civilisation et coloniser le monde, forte de son commerce, de son industrie, de ses armées et de sa science. Elle prétendait à une domination éternelle, jusqu'au grand effondrement civilisationnel qu'a représenté la Première Guerre Mondiale. Guerre mondiale qu'un autre grand amateur de ruines et de monde méditerranéen, Paul Valéry, avait dit "Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles". Johann Chapoutot 30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 0907 Civilisations, nous sommes mortelles ! Reste à le » savoir comme le précisait Paul Valéry dans Variétés Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. » Et j'ose ajouter reste à savoir si nous ne sommes pas dans la dernière phase. Il n'est pas d’œuvre humaine qui ne soit condamnée à périr. Cela va du moindre écrit comme celui-ci à la civilisation dans laquelle il s'insère. Et les exemples ne manquent pas dans le monde. Celui qui aurait prédit au soir du 15 novembre 1532 que l'empire inca disparaîtrait sous les coups de douze Espagnols aurait risqué sa vie. Le 16 au soir... On pourrait multiplier les exemples. Byzance, son empire et sa civilisation tombèrent en 1453 au milieu de querelles byzantines ». Vraie ou arrangée, nous est restée celle portant sur le sexe des anges ». Alors, la France de 2013 ? Comment ne pas être frappé des similitudes internes avec les dernières élucubrations de cette minorité de minorité et de ce gouvernement, dont on ne sait plus qui supporte l'autre, qui est la corde, qui est le pendu ? Comment ne pas être frappé des similitudes externes au moment où aujourd'hui, le même gouvernement relance la question du droit de vote des étrangers, alors qu'il subit et abandonne les zones de non-droit à une nouvelle féodalité barbare ? Oui, les civilisations meurent. Elles meurent par la concomitance de fêlures internes et externes qui en atteignent les œuvres vives, maquillées par un hideux replâtrage. Elles meurent à cause des mannequins tonitruants aux pieds d'argile. Elles laissent des traces, et d'autres les remplacent. Elles meurent, soit parce qu'elles ont fait leur temps, soit parce qu'on n'a pas voulu traiter quand cela était encore possible. Une civilisation à visage humain Elisabeth Kübler-Ross, dont les travaux font autorité, dégage cinq stades successifs lorsqu'un diagnostic fatal est annoncé aux humains que nous sommes le déni, la colère, le marchandage, la dépression, l'acceptation. Reste à savoir comment une société se comporte en la matière. Reste à réfléchir, peut-être à agir. Agir, c'est avoir accepté d'entendre, c'est faire le bilan des possibles sans se masquer les impossibles, c'est, prendre l'une des voies ouvertes après le stade d'acceptation laisser-aller, s'y diriger bravement, léguer pour que le témoignage perdure. Ici encore, les exemples historiques ne manquent pas, mais mieux vaut y réfléchir que d'alourdir ce texte. Mieux vaut faire le bilan... sans négliger l'espoir, mais sans s'y accrocher aveuglément. Une conclusion provisoire C'est en ce sens qu'il faut comprendre les départs, les envies de départ, ou au contraire les envies de résistance, d'enracinement, les affirmations, parfois pétries de courage, parfois pures rodomontades. C'est en ce sens qu'il faut revoir les raisons que lancent haut et fort un Depardieu, les alibis financiers d'un Arnault et de tant d'autres intouchables. C'est en ce sens que nous continuerons. Published by Pierre-François GHISONI - dans LES PLONGEES DE L'ABSURDE

nous autres civilisations nous savons maintenant que nous sommes mortelles